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Optimisation de la trésorerie à la clôture : ce que regardent réellement les établissements de crédit

  • Photo du rédacteur: Olivier HELL
    Olivier HELL
  • 23 déc. 2025
  • 5 min de lecture

À l’approche de la clôture, la trésorerie devient un indicateur stratégique bien au-delà de sa dimension opérationnelle. Pour les établissements de crédit, elle constitue une clé de lecture centrale de la solvabilité, de la discipline financière et de la capacité de pilotage du management.


Les ratios issus des comptes annuels ou des situations intermédiaires ne sont pas analysés isolément : ils sont interprétés à la lumière du BFR, de la génération de cash et de la qualité des arbitrages de fin de période.

 

 

1. Les ratios de solvabilité utilisés par les établissements de crédit


Les banques et partenaires financiers s’appuient principalement sur un socle de ratios standards, parfois retraités :


  • Ratio de liquidité générale


    Actif circulant / Passif circulant


    Il permet d’évaluer la couverture des échéances court terme. Un ratio inférieur à 1 déclenche généralement une analyse approfondie.


  • Ratio de liquidité immédiate (quick ratio)


    (Trésorerie + Créances clients nettes) / Passif circulant


    Les établissements de crédit privilégient ce ratio car il neutralise les stocks, jugés moins liquides et plus volatils.


  • Fonds de roulement net global (FRNG)


    Capitaux permanents – Actifs immobilisés


    Un FRNG positif traduit un financement sain des immobilisations et une capacité à absorber les chocs de trésorerie.


  • Besoin en fonds de roulement (BFR)


    Stocks + Créances clients – Dettes fournisseurs


    Le BFR est souvent analysé en dynamique (jours de CA). Une dérive du BFR est perçue comme un signal de risque immédiat.


  • Trésorerie nette


    FRNG – BFR


    C’est la synthèse finale : une trésorerie nette négative récurrente appelle quasi systématiquement des explications.

 

 

2. Ce que les banques analysent au-delà des ratios


Les établissements de crédit ne se limitent pas aux chiffres bruts. Ils cherchent à comprendre :


  • La qualité des créances clients : Ancienneté, concentration, litiges, dépendance à quelques grands comptes.


  • La politique fournisseurs : Capacité à négocier les délais, cohérence entre pratiques réelles et conditions contractuelles.


  • La rotation des stocks : Niveau de stock « économique » versus stock de précaution ou obsolète.


  • La cohérence du pilotage de trésorerie : Existence (ou non) d’un suivi prévisionnel, d’outils de cash management et d’actions correctrices.


Un ratio dégradé est acceptable s’il est expliqué, anticipé et maîtrisé. Il devient problématique lorsqu’il semble subi.

 

 

3. Les leviers de fin de clôture observés par les analystes crédit


Les banques savent que les derniers jours avant la clôture sont structurants. Certaines actions sont attendues, à condition qu’elles restent rationnelles :


  • Accélération des encaissements

    • Relances ciblées sur les encours significatifs

    • Réduction des délais entre livraison et facturation

    • Encaissement prioritaire des clients à faible risque de litige


  • Gestion fine des décaissements

    • Respect des délais fournisseurs sans anticipation inutile

    • Décalage de règlements non critiques lorsque les conditions le permettent

    • Arbitrage sur les commandes reportables


  • Maîtrise du BFR

    • Réduction des stocks dormants

    • Identification des créances à faible probabilité de recouvrement

    • Justification claire des variations de BFR par rapport à N-1


  • Préservation de la trésorerie disponible

    • Report de certains investissements non urgents

    • Vigilance accrue sur les sorties de cash exceptionnelles


Ces leviers sont perçus positivement lorsqu’ils traduisent une logique de pilotage, et non une réaction de dernière minute.

 

 

4. Le message clé attendu par les établissements de crédit


Ce que recherchent avant tout les banques n’est pas une photographie parfaite, mais :

  • Une lecture cohérente des équilibres financiers

  • Une capacité à expliquer les ratios

  • Une anticipation des tensions de trésorerie

  • Une trajectoire crédible de génération de cash


Une entreprise qui démontre qu’elle maîtrise son BFR et sa trésorerie renforce sa crédibilité financière, améliore ses conditions de financement et sécurise ses relations bancaires.

 


Cas pratique – PME : comment quelques arbitrages de trésorerie améliorent la lecture bancaire à la clôture


Contexte :

PME industrielle – 8 M€ de chiffre d’affaires

Clôture au 31 décembre

Financement bancaire en place (découverts autorisés + emprunts MLT)

Dialogue annuel avec les partenaires bancaires au 1er trimestre

 

A. Situation financière avant arbitrages de clôture


Au 20 décembre, la situation intermédiaire fait apparaître :

  • Créances clients : 1 450 k€

  • Stocks : 1 200 k€

  • Trésorerie disponible : 120 k€

  • Dettes fournisseurs : 900 k€

  • Autres dettes court terme : 600 k€


Calculs clés :

  • Actif circulant : 2 770 k€

  • Passif circulant : 1 500 k€

➡️ Ratio de liquidité générale = 1,85

➡️ Quick ratio = (120 + 1 450) / 1 500 = 1,05

➡️ BFR = 1 200 + 1 450 – 900 = 1 750 k€

➡️ Trésorerie nette : sous tension malgré des ratios corrects


Lecture bancaire initiale :

Les ratios sont acceptables, mais le niveau élevé de BFR et la faible trésorerie disponible interrogent sur la capacité à absorber un aléa début N+1.

 


B. Actions de pilotage mises en œuvre avant la clôture


Dans les dix derniers jours de l’exercice, la direction financière active plusieurs leviers sans dégrader les relations commerciales :


Encaissements clients

  • Relance ciblée des 10 plus gros encours échus

  • Facturation anticipée de livraisons de fin décembre

➡️ Encaissements supplémentaires : +350 k€


Décaissements fournisseurs

  • Respect strict des délais contractuels (pas de paiement anticipé)

  • Décalage de règlements non critiques sur début janvier

➡️ Décaissements différés : –200 k€


Stocks

  • Report de certaines commandes matières premières

➡️ Stocks en baisse : –150 k€

 


C. Situation financière après arbitrages de clôture


À la clôture :

  • Créances clients : 1 100 k€

  • Stocks : 1 050 k€

  • Trésorerie disponible : 670 k€

  • Dettes fournisseurs : 1 100 k€

  • Autres dettes court terme : 600 k€


Nouveaux calculs :

  • Actif circulant : 2 820 k€

  • Passif circulant : 1 700 k€

➡️ Ratio de liquidité générale = 1,66

➡️ Quick ratio = (670 + 1 100) / 1 700 = 1,04

➡️ BFR = 1 050 + 1 100 – 1 100 = 1 050 k€

➡️ Trésorerie nette : significativement renforcée

 


D. Lecture bancaire après clôture


Du point de vue des établissements de crédit :

  • Le BFR est mieux maîtrisé et en nette amélioration

  • La trésorerie disponible est crédible et non artificielle

  • Les ratios restent stables mais la qualité du cash s’améliore

  • Les arbitrages démontrent un pilotage actif et anticipé


Résultat :

➡️ Renforcement de la confiance bancaire

➡️ Discussions facilitées sur le renouvellement des lignes court terme

➡️ Meilleure crédibilité sur les prévisions N+1

 


E. Enseignement clé pour les dirigeants de PME


Les banques savent que les chiffres de clôture résultent d’arbitrages. Ce qu’elles attendent, ce n’est pas une optimisation opportuniste, mais :

  • Une logique cohérente

  • Une capacité à expliquer les mouvements

  • Une maîtrise structurelle du BFR


Quelques décisions prises sur les dernières semaines peuvent transformer la lecture financière d’une PME et sécuriser durablement sa relation bancaire.

 

 

 

Cette newsletter est issue de plus de 20 années d’expérience dans l’accompagnement, la formation et le pilotage des entreprises – Crédit photo : Sora

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